Vendredi 24 mars 2006
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14:37
Il arriva à mon bureau à l'heure (fait de plus en plus rare dans nos contrées). Sa femme, une courtière en assurances, m'avait parlé de son activité: peintre et artiste confirmé et avait vivement souhaité que je puisse lui accorder un entretien. J'avoue que je n'avais pas très bien saisi ce qu'il faisait selon la description de son épouse. Par courtoisie, j'ai accepté de le voir, me disant que de toute façon, mon réseau de contacts ne pourraît être que plus riche en intégrant des contacts "atypiques".J'ai toujours eu en moi ce côté "Saint Bernard", prêt à me plonger pour porter aide à ceux qui le demandent. Parfois, trop, au goût de ma femme...
Il avait la quarantaine bien faite, une barbe de quelques semaines, et tout habillé en noir. Bref, le cliché même de l'artiste. Timide, mais aimable, il me remercia pour ma disponibilité et me tendit un book de ses oeuvres. Mon dieu! voilà encore quelqu'un qui est à des années lumières des techniques de présentation modernes: Des reproductions de ces oeuvres été mis sans aucune apparente logique dans un receuil d'intercalaires transparents. Des coupures de Prese jaunissantes reprenaient des critiques de la Presse artistique trés élogieux. Ces toîles représentaient des illustrations de notre patrimoine culturel tunisien. Rien à avoir avec ces toîles de peinture abstraite, où je n'arrivais qu'à hausser des sourcils et sourire béatement devant elles quand par hasard j'accompagne des amis dans des galeries d'art en Tunisie. Non, franchement, même pour le néophyte que j'étais, c'était de belles toîles, et les critiques des chroniqueurs artistiques le confirmaient. Je décidais de lui dire vraiement le fond de ma pensée: pour âtre pris au sérieux il va falloir faire un effort dans la présentation de ses oeuvres. Je lui ai soufflé quelques conseils, qu'il accepta en hôchant vigoureusement la tête.
Il me parla avec beaucoup d'amour de son atelier, dans lequel ils étaient deux ( un apprenti et lui) à fabriquer de la faience personnalisée. Il n y avait pas une foule de clients, mais les quelques nantis qui souhaitaient avoir dans leur villas des motifs uniques se passaient ses coordonnées.Cependant, de plus en plus, me dit-il, le marché devenait trop pourri par les produits industriels et les clients se faisaient rares. Y avait il selon moi une chance pour trouver des clients à l'export? En analysant son cas, je me rendais compte qu'il pouvait être classé comme artisan, et que pour ses faiences il pouvait s'inscrire dans le programme national de l'assistance à l'artisanat et petits métiers. Mais, je voyais, que ce qui l'intéressait surtout, c'était la promotion de ses peintures. Il me raconta ses déboires avec l'administration qui ne considérait pas la peinture comme faisant partie de l'artisanat. Il voulait prendre un stand dans une très grande foire en Allemagne, mais il se voya les portes fermées: pas de place pour les peintres, allez voir du côté du Ministère de la Culture,circulez...
Je lui dis que dans la vie, quand on croit à ce qu'on fait, et quand on vous ferme la porte, rentrez par la fenêtre! On vous refuse un stand au salon, qu'à ce là n'advienne, allez-y en tant que visiteur. dailleurs, et selon ce que j'ai vu dans plusieurs cas, il est plus efficace dans certains salons de pouvoir circuler et rencontrer les autres exposants, et les visteurs que d'attendre dans un stand. Avec un sens de l'observation, et de l'intelligence, on arrive à repérer dans les couloirs du hall les potentiels clients. Une fois la"cible" repérée, vous pourrez amicalement la saluer et lui proposer un verre. Si elle refuse, récupérez quand même une carte visite et relancez plus tard le contact.
Mias, ceci est une méthode de chasse trop féroce pour notre artiste. Il vaut mieux investir dans un bon siteweb. Avec un excellent référencement, c'est incroyable ce qu'on peut toucher comme cible. Il m'avaua qu'il a très modestement essayé la piste cyber, mais que c'értait loin d'être fait selon les termes que je lui expliquais.
Je lui passais aussi les contacts de ma grande amie Christine qui se spécialise en France dans la promotion de la poterie et la faience artisanale. Christine a une excellente expérience des salons spécialisés dans ce créneau aux USA et au Canada. Elle est la bonne personne: Un autre sourire acquisteur de notre peintre.
Nous nous quittâmes sur ce point, et il insista pour que je vienne à son prochain vernissage. Oui, je viendrais, et je serais curieux de savoir ce qu'il fera de mes tuyaux.
Ma B.A. de la journée accomplie, je revenais à mes e-mails et à mes urgences. Toutefois, cet épisode me laissait quand même penseur: victimes d'un classement administratif parfois aléatoire, combien de jeunes sont ils en train de chercher leur chemin dans le brouillard. L'exportation de toîles tunisiennes n'est elle pas un fantastique moyen pour faire connaître notre patrimoine culturel, et faire connaître la Tunisie? pourqoui est-ce que des peintres seraient moins aidés que des pôtiers? Des jeunes peintres bourrés de tâlons mais sans pistons ni moyens financiers sont-ils éternellement voués à un statut de paria?